Coin prière familial avec icones, bougie et livre de prières dans un salon catholique français

Vivre sa foi a la maison : entretien avec un pretre sur le coin prière familial

14 min de lecture par Helene Vasseur

Comment vivre concrètement sa foi catholique a la maison aujourd'hui ? Comment amenager un coin prière quand on partage 70 metres carres a quatre, et comment tenir une prière du soir en famille quand les adolescents levent les yeux au ciel ? Synthese editoriale d'un entretien mene par Helene Vasseur avec le Père Etienne Marchand, pretre de paroisse rurale du Lyonnais, sur la prière domestique et la transmission de la foi au quotidien.

Père Etienne Marchand, pretre catholique - portrait editorial

Père Etienne Marchand

Pretre catholique, Lyonnais (portrait editorial)

Dix-huit ans de ministere paroissial, accompagne des familles dans la prière du quotidien. Auteur de plusieurs livrets paroissiaux sur la prière domestique et aumonier de mouvements familiaux.

C'est par un après-midi de printemps que je rejoins le Père Etienne Marchand dans son presbytere d'un village lyonnais. La piece est simple : une grande table de bois, des rayonnages charges de livres aux tranches usees, une icone du Christ Pantocrator au-dessus du bureau, et la lumière qui entre obliquement par la fenêtre ouverte sur le jardin. Il me sert un the dans une tasse depareillee, s'excuse pour le desordre qui n'en est pas un, et nous nous installons.

Je suis venue lui poser une question qui revient souvent dans le courrier de la redaction : comment fait-on pour vivre sa foi a la maison aujourd'hui, quand l'église du village est ouverte deux fois par semaine, que la messe dominicale ne dure plus qu'une heure et que les enfants ont catechese une fois par mois ? La prière domestique, le coin prière, la transmission de la foi en famille : voila ce dont nous allons parler pendant une heure et demie.

La prière domestique : pourquoi maintenant, plus que jamais

Helene : Père Etienne, pourquoi est-ce que vous insistez tant, dans vos livrets paroissiaux, sur la nécessité d'amenager un coin prière a la maison ? N'est-ce pas un peu desuet, presque rural, a une époque ou la spiritualité se vit beaucoup en ligne ou en mouvement ?
Père Etienne :

Au contraire, je crois que c'est plus nécessaire que jamais. Ce qui a change en quarante ans, ce n'est pas que les gens prient moins, c'est qu'ils prient sans cadre. Or la prière a besoin d'un cadre, comme l'amour a besoin d'une maison. Un coin prière, ce n'est pas une question de decoration pieuse, c'est une question d'ancrage. Quand l'espace de la prière existe physiquement, le geste de prier devient possible.

Sur le plan psychologique, c'est très concret. Si je dois réfléchir cinq minutes pour decider ou je vais prier, dans quelle posture, avec quel livre, j'ai déjà perdu la prière. Le coin prière, c'est l'endroit ou tout est déjà la. Je m'agenouille ou je m'assieds, j'allume la bougie, j'ouvre le livre, et je suis dans le mouvement. C'est l'equivalent du bureau pour le travail intellectuel.

L'autre raison, c'est la transmission. Les enfants apprennent par mimetisme et par decor. Un foyer ou une icone est visible toute l'année, ou la bougie s'allume avant le repas du dimanche, ou le rameau benit reste accroche derriere la porte, c'est un foyer ou la foi a une présence concrète. L'enfant ne se souviendra peut-être pas du contenu des prières dites a sept ans, mais il se souviendra de la lumière chaude de la bougie sur la table, et du geste de sa mere qui se signe avant de couper le pain. Pour les familles attirees par la richesse iconographique, comprendre les icones orthodoxes est une porte d'entree precieuse vers cette pedagogie visuelle de la foi.

Amenager un espace de prière quand on a peu de place

Helene : Justement, beaucoup de familles que je connais vivent en appartement, parfois petit, avec deux ou trois enfants. Elles me disent : "Je voudrais bien, mais je n'ai pas la place." Que leur repondez-vous ?
Père Etienne :

Je leur reponds que je suis passe dans des studios de vingt metres carres ou il y avait un coin prière magnifique, et dans des maisons de cinq cents metres carres ou il n'y en avait pas. La taille du logement n'est pas le problème. Le problème, c'est la conviction qu'il faut une piece dediee. Or la tradition chretienne n'a jamais demande une piece. Elle demande un signe.

Concretement, une etagere de cinquante centimetres dans un coin tranquille suffit. Une console murale au-dessus du radiateur peut devenir un lieu de prière admirable. Le rebord d'une fenêtre orientee a l'est, avec un voilage qui filtre la lumière, est presque un autel naturel. J'ai même vu des familles transformer un coin de cuisine, parce que c'est la qu'elles passaient le plus de temps ensemble. La prière ne fuit pas le quotidien, elle s'installe dedans.

Helene : Et si l'un des deux conjoints n'est pas d'accord pour mettre des objets religieux visibles dans le salon ?
Père Etienne :

C'est une situation fréquente, et il faut la respecter sans la dramatiser. La solution, c'est souvent de choisir un lieu plus discret : la chambre des parents, un couloir, le coin lecture. Le coin prière n'a pas besoin d'être expose pour exister. La discretion peut même être une vertu : elle protégé l'intime de la prière des regards critiques ou ironiques.

J'ajouterais une chose : le conjoint reticent ne reste pas toujours reticent. J'ai vu beaucoup de couples ou la foi de l'un, vecue avec patience et sans triomphalisme, a fini par toucher l'autre après dix ou quinze ans. Le coin prière modeste mais fidèle a souvent ete l'instrument silencieux de cette evolution.

Famille catholique en prière du soir réunie autour d'une bougie allumee dans un salon avec icones et livre de prières
La prière familiale du soir : un rendez-vous bref, régulier, qui structure la maison

Les objets indispensables et ceux qui ne le sont pas

Helene : Si vous deviez conseiller a une famille qui debute trois objets indispensables, et trois objets dont elles peuvent se passer, lesquels choisiriez-vous ?
Père Etienne :

Les trois indispensables : une croix ou un crucifix, parce que toute la foi chretienne y est resumee ; une bougie, parce qu'elle materialise la prière et marque le passage du temps profane au temps sacre ; et un livre de prières adapte a la famille, parce que les mots manquent souvent quand on commence et qu'il faut des mots de toujours pour les premières fois.

Les trois dont on peut largement se passer au debut : l'encensoir et l'encens liturgique, parce que c'est complique a gerer avec de jeunes enfants et que ca declenche les detecteurs de fumee ; les statues nombreuses, parce qu'elles encombrent l'espace et finissent par devenir invisibles ; et les chapelets de prix, parce qu'un chapelet de bois simple a quelques euros sera tout aussi efficace, et que vous ne culpabiliserez pas si l'enfant le casse en jouant avec.

L'erreur classique, c'est de vouloir tout acheter d'un coup. La prière n'est pas un trousseau. Le coin prière se construit sur des années, par accumulation lente de signes recus, hérités, choisis avec amour. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre guide pratique pour amenager un coin prière qui detaille les douze objets utiles selon les traditions.

La prière du soir en famille : par ou commencer

Helene : Venons-en au cœur du sujet, qui revient sans cesse : comment instaurer la prière du soir en famille ? Beaucoup de parents culpabilisent de ne pas le faire, mais ne savent pas comment s'y prendre concrètement.
Père Etienne :

D'abord, il faut deculpabiliser. Une famille qui ne prie pas ensemble n'est pas une mauvaise famille chretienne. Beaucoup de saints ont ete élèves dans des foyers ou la prière du soir n'existait pas. Ce qui compte, c'est la sincerite, pas la performance.

Cela dit, si une famille veut instaurer ce rendez-vous, je donne toujours quatre conseils. Premier conseil : choisir un horaire fixe, non negociable, juste avant le coucher des plus jeunes. Deuxieme conseil : commencer très court. Trois minutes, pas davantage. Un signe de croix, un Notre Père, une intention chacun, une benediction des parents sur les enfants. Voila tout. Si vous tenez ces trois minutes pendant six mois, vous aurez déjà gagne.

Troisieme conseil : varier modestement. Le lundi, on dit le Notre Père. Le mardi, on lit deux versets de l'Évangile du jour. Le mercredi, on prie pour quelqu'un en particulier. Le jeudi, dizaine de chapelet. Le vendredi, prière pour les souffrants. Le samedi, action de grace pour la semaine. Le dimanche, lecture lente d'un psaume. Cette structure tournante évite la routine sans surcharger les parents. Pour les familles qui veulent approfondir la prière repetitive en famille, le chapelet et le tchotki sont deux outils complementaires, l'un latin l'autre oriental, qui apprennent aux enfants la patience du rythme spirituel.

Quatrieme conseil : accepter que ce soit imparfait. Il y aura des soirs ou personne n'a envie. Des soirs ou un enfant pleure. Des soirs ou les parents sont epuises et bacleront. Très bien. Recommencez le lendemain. La prière familiale, c'est l'art de recommencer sans se decourager.

Adolescents et foi : comment ne pas casser la dynamique

Helene : J'ai trois adolescents a la maison. Et je vous avoue que la prière du soir, qui marchait jusqu'a leurs onze ans, est devenue un terrain miné. Que faire ?
Père Etienne :

L'adolescence est un moment de retrait normal. Le jeune se construit en s'opposant a ce qui le definissait avant. La prière familiale, qu'il vivait spontanement a dix ans, devient soudain "le truc des parents". Ce n'est pas un rejet de la foi, c'est un rejet provisoire du cadre. Il faut le savoir et ne pas paniquer.

Concretement, j'ai trois recommandations. D'abord, ne pas exiger la participation vocale. L'adolescent peut être présent sans prier a haute voix. La présence corporelle suffit. Ensuite, raccourcir radicalement : passer de cinq minutes a deux minutes, voire un seul Notre Père debout, le temps de se signer. Mieux vaut cela qu'un long combat tous les soirs. Enfin, leur donner une responsabilite : c'est l'adolescent qui choisit le passage d'Évangile du dimanche soir, qui allume la bougie, qui formule une intention. Le sentiment de competence remplace le sentiment d'imposition.

Et puis acceptez la possibilite qu'ils s'eloignent quelques années. La majorite reviennent, sous une forme ou sous une autre, vers vingt-cinq ou trente ans, souvent au moment d'un grand événement de vie : mariage, naissance, deuil. Ce qu'ils auront recu enfants leur reviendra a ce moment-la, sans qu'ils sachent toujours d'ou ca vient.

Quand le couple n'a pas la même pratique

Helene : Beaucoup de couples qui m'ecrivent vivent une situation ou l'un des deux est pratiquant et l'autre indifferent ou athee. Comment installer une prière familiale dans ces conditions ?
Père Etienne :

C'est sans doute la situation la plus repandue aujourd'hui, et la plus delicate. Le principe, c'est de ne jamais transformer la foi en sujet de tension conjugale. La prière ne doit pas devenir un terrain de bataille ou l'un essaie de gagner l'autre. Cela detruit la prière et abime le couple.

Concretement, je conseille une prière parent-enfant plutot que famille-entiere. Le conjoint pratiquant prie avec les enfants, le soir, dans la chambre, sans en faire un événement. L'autre conjoint n'est ni invite ni exclu. Il est libre. Souvent, au bout de quelques mois, il ou elle vient ecouter de loin, puis se rapproche, puis finit par être simplement la, en silence. Ou non. Et c'est très bien aussi.

L'autre cle, c'est de ne jamais critiquer le conjoint non pratiquant devant les enfants, et de ne jamais utiliser la foi pour le disqualifier. Au contraire, dire aux enfants : "Papa ne prie pas, c'est son chemin a lui, on le respecte et on l'aime tel qu'il est." Cette phrase fait souvent plus pour la foi des enfants que dix dizaines de chapelet. Pour aller plus loin sur ces questions de couple et de transmission, je recommande notre dossier sur la vie de couple et famille chretienne qui aborde ces situations en profondeur. Et lorsque les tensions intérieures pesent sur la cohesion du foyer, des ressources comme combattreladepression.com offrent un eclairage psychologique utile pour preserver l'equilibre familial qui rend la prière commune possible.

La regularite : 5 minutes par jour valent mieux qu'une heure le dimanche

Helene : Vous avez insiste plusieurs fois sur la regularite plutot que sur la duree. Pourquoi ce point est-il si central pour vous ?
Père Etienne :

Parce que la vie spirituelle obeit aux mêmes lois que la vie biologique. On ne respire pas une heure par jour, on respire toutes les minutes. La prière, ce n'est pas une seance de sport hebdomadaire, c'est une respiration. Si vous priez vingt minutes le dimanche et rien le reste de la semaine, vous êtes spirituellement essoufflé du lundi au samedi.

Cinq minutes chaque jour, même distraites, même baclees, vous gardent dans le mouvement. Vous gardent dans l'amitie avec Dieu. Vous gardent dans le rythme. Et puis, soyons honnetes, c'est plus facile : cinq minutes, tout le monde peut les trouver. Avant le brossage de dents, après le diner, dans le metro le matin. Une heure le dimanche est souvent un fantasme qui culpabilise plus qu'il ne nourrit.

La stabilite des couples et des familles repose sur des routines simples et fidèles. Sur ce point d'ailleurs, les bienfaits du couple stable selon famillesdurables.fr documentent comment la regularite des rituels familiaux soutient la transmission des valeurs sur le long terme. La prière domestique participe de cette logique : un petit signe quotidien tient mieux qu'un grand événement occasionnel.

Le coin prière et l'icone : usage catholique

Helene : Une question qui revient souvent : un catholique peut-il avoir des icones dans son coin prière, ou est-ce reserve aux orthodoxes ?
Père Etienne :

Absolument oui, et même très souhaitable. L'icone n'est pas une exclusivite orthodoxe, c'est un patrimoine commun de l'Église indivise du premier millenaire. Le concile de Nicee II en 787, reconnu par les catholiques, a defini la legitimite des images saintes contre l'iconoclasme. Une icone du Christ ou de la Vierge dans un coin prière catholique est parfaitement coherente avec la tradition.

Ce qui distingue l'usage catholique de l'usage orthodoxe, c'est plutot l'environnement. Un coin prière catholique combine souvent icones, statues mariales, crucifix peint, chapelet, image de saints familiers, parfois un benitier. C'est plus baroque, plus charge, plus narratif. Le coin prière orthodoxe est plus epure, plus centre sur l'icone seule, plus liturgique. Les deux sont legitimes. L'important, c'est la coherence intérieure et la beaute du geste.

Je conseille toujours aux catholiques d'avoir au moins une icone, parce qu'elle introduit une dimension contemplative que les statues plus illustratives offrent moins. L'icone n'est pas faite pour être regardee comme un tableau, elle est faite pour soutenir un face-a-face silencieux. C'est une pedagogie de la prière precieuse pour les latins.

Et pour situer le coin prière domestique dans la vie sacramentelle plus large de la paroisse, je renvoie souvent les fideles au panorama des sept sacrements catholiques publie par les paroisses de Saint-Fons et Feyzin. La prière personnelle a la maison ne remplace pas les sacrements ; elle les prepare, les prolonge, et les rend feconds dans la duree. Comprendre ce lien est essentiel pour eviter une derive purement individualiste de la foi.

Coin prière catholique amenage sur etagere avec icone du Christ, crucifix, bougie blanche et chapelet en bois
Un coin prière catholique sobre, ouvert au patrimoine iconographique de l'Église indivise

Des livres pour soutenir la prière familiale

Helene : Quels livres recommanderiez-vous a une famille qui veut soutenir sa prière quotidienne par une lecture spirituelle ?
Père Etienne :

Pour les enfants, je recommande presque toujours une Bible illustree adaptee a leur age, avec des textes courts et des images soignees. Un livre de prières pour enfants avec quelques classiques bien choisis : le Notre Père, le Je vous salue Marie, l'ange gardien, la prière du soir. Inutile de surcharger. Les parents qui veulent aller plus loin trouveront dans les guides pour eduquer ses enfants dans la foi des reperes precieux pour adapter la transmission a chaque age.

Pour les parents, je conseille trois categories. Première categorie, un livre de prières adulte du quotidien : la Prière du temps présent (édition abregee de la Liturgie des Heures) est un compagnon idéal. Elle vous met dans la prière de l'Église universelle, sept jours sur sept. Deuxieme categorie, un classique de spiritualité a lire lentement, par petits paragraphes : L'imitation de Jesus-Christ de Thomas a Kempis reste indepasse. Trois pages par soir suffisent. Troisieme categorie, un livre commente d'Évangile pour preparer la liturgie dominicale : il en existe plusieurs collections, demandez conseil a votre cure.

Et puis le Magnificat, magazine mensuel, est très pratique pour les familles : il donne chaque jour la liturgie, une meditation, une prière du matin et du soir. C'est concu pour les laics, et ca tient en quinze minutes par jour si on l'utilise serieusement.

Les ecueils a éviter

Helene : Pour terminer, quels sont selon vous les principaux pieges a éviter dans la prière familiale ?
Père Etienne :

Trois pieges classiques. Le premier, c'est la prière magique : prier pour obtenir, transformer la prière en transaction, demander a Dieu de regler les problèmes que l'on devrait regler soi-même. La prière n'est pas un distributeur. Elle est une rencontre qui transforme celui qui prie, pas un levier sur le reel.

Le deuxieme piege, c'est la devotion infantilisante. Reduire la foi des enfants a des images mievres, a des prières bebetes, a une religion bonbon. Les enfants comprennent infiniment plus qu'on ne croit. Ils preferent les vraies prières de l'Église, les vraies images du Christ, les vrais textes de l'Évangile, a des versions edulcorees. Donnez-leur du solide, ils vous etonneront.

Le troisieme piege, c'est la comparaison. "Chez les Dupont, ils font le chapelet tous les jours, et nous on n'arrive même pas a tenir la prière du soir." La comparaison tue la prière. Chaque famille a son rythme, son histoire, ses fragilités. La fidélité modeste a votre propre vocation domestique vaut mieux que l'imitation envieuse d'une famille modèle. D'ailleurs, les familles modèles n'existent pas. Elles ont juste appris a ne pas raconter leurs ratés.

Questions rapides : 7 idées recues sur la prière familiale

Il faut être en règle avec l'Église pour prier en famille
Faux. La prière precede les sacrements et n'attend aucune autorisation. Les divorces remaries, les couples non mariés, les recommencants sont tous appeles a prier ensemble. La prière est même souvent ce qui prepare le retour aux sacrements, pas l'inverse.
Mes enfants ne s'interessent pas, ca ne sert a rien
Faux. La transmission travaille en profondeur, sous la couche visible de l'intérêt ou du desinteret. Les enfants engrangent des images, des gestes, des mots qui ressurgiront a l'age adulte, parfois trente ans plus tard. Le silence apparent n'est pas un échec, c'est un terreau.
Sans icone ni objet liturgique, ce n'est pas une vraie prière
Faux. La prière est intérieure et n'a besoin d'aucun support pour être authentique. Les objets aident, ils ne fondent pas la prière. Une famille qui dit le Notre Père main dans la main avant le diner, sans aucun objet, prie autant qu'une famille devant un autel domestique elabore.
Il faut prier longtemps pour que ca compte
Faux. Trois minutes régulières valent mieux qu'une heure occasionnelle. La duree n'est pas le critère de la qualité spirituelle. La fidélité est le seul critère qui compte sur la duree d'une vie.
La prière familiale doit être joyeuse pour être authentique
Faux. La prière familiale traverse toutes les humeurs, y compris la fatigue, la dispute du soir, la colere d'un enfant. Prier ensemble quand on est en froid est parfois plus efficace que prier ensemble quand tout va bien. La prière n'est pas une performance affective, c'est une fidélité a un rendez-vous.
Si je rate trois soirs de suite, j'ai casse la dynamique
Faux. La regularite est statistique, pas absolue. Une prière familiale qui tient cinq soirs sur sept, sur dix ans, c'est une victoire spirituelle considerable. Les soirs rates ne defont pas les soirs tenus. Recommencez sans culpabiliser.
Mes enfants doivent avoir le même niveau de pratique que moi
Faux. Chaque enfant a son chemin, son rythme, son moment. Votre role est de transmettre, pas de fabriquer des copies conformes de votre propre foi. Certains de vos enfants seront plus pratiquants que vous, d'autres moins, d'autres differemment. Acceptez cette diversité a l'avance, vous vivrez l'adolescence avec moins d'angoisse.

Trois choses a retenir

L'entretien touche a sa fin. Le the a refroidi dans les tasses. Le soleil de fin d'après-midi inonde la table de bois. Avant de partir, je demande au Père Etienne de resumer en trois points ce qu'il aimerait qu'une famille retienne de ce long echange.

Premier point : un coin prière, même minuscule, change la geographie spirituelle de la maison. Une etagere, une bougie, une icone, un livre. C'est un signe physique qui rend la prière possible chaque jour, sans avoir besoin de la decider a chaque fois.

Deuxieme point : la prière familiale du soir vaut mieux courte et régulière que longue et occasionnelle. Cinq minutes tenues sur dix ans valent infiniment plus qu'une heure dominicale qui s'epuise au bout de trois mois. La fidélité est l'unique critère.

Troisieme point : la transmission de la foi aux enfants ne se mesure pas dans l'instant. Elle travaille sous la surface, lentement, et donne ses fruits parfois trente ans plus tard. Faites votre part avec serenite, et confiez le reste. Vous n'êtes pas responsables du resultat, vous êtes responsables de la fidélité.

Le Père Etienne me raccompagne jusqu'a la porte du presbytere. Sur le seuil, il ajoute, presque en chuchotant : "Et puis vous savez, prier en famille, c'est aussi un cadeau qu'on se fait a soi-même. Pas seulement aux enfants." Je note la phrase dans mon carnet en marchant vers la voiture, sous les marronniers du jardin.

Questions frequentes

Comment commencer un coin prière quand on est nouveau dans la foi ?

Commencez très simple : une croix ou une icone du Christ posee sur une etagere a hauteur du regard, une bougie allumee deux ou trois fois par semaine, et un livre de prières ouvert. Trois minutes le soir suffisent au debut. La fidélité compte plus que la duree. Au fil des mois, vous ajouterez naturellement une icone de la Vierge, une autre d'un saint qui vous parle, un chapelet. Le coin prière grandit avec votre vie intérieure, il n'a pas besoin d'être complet le premier jour.

Quel temps consacrer a la prière familiale au quotidien ?

Cinq a dix minutes par jour, régulières, valent infiniment mieux qu'une demi-heure occasionnelle. Le soir, juste avant le coucher des enfants, est le creneau le plus realiste pour la plupart des familles. Un signe de croix, une dizaine de chapelet, un Notre Père et une benediction de la nuit suffisent. Les familles qui tiennent dans la duree sont celles qui ont accepte la simplicite, pas celles qui ont vise la perfection liturgique.

Faut-il forcer ses enfants a la prière du soir ?

Forcer non, mais demander oui. Il y a une différence entre la contrainte humiliante et la règle de la maison. La prière du soir peut être presentee comme un rendez-vous familial qui rassemble, au même titre que le repas du dimanche midi. L'enfant qui ronchonne a huit ans participera silencieusement, et c'est très bien. L'adolescent qui se sent gene peut être dispense d'oraison vocale mais invite a être simplement présent. La présence prepare la foi qui viendra plus tard, ou qui reviendra.

Quelles prières dire avec des enfants de 4 a 10 ans ?

Pour les plus petits, le signe de croix, le Je vous salue Marie et la prière de l'ange gardien sont des classiques accessibles. A partir de six ou sept ans, le Notre Père et une dizaine de chapelet en famille fonctionnent bien. Les enfants aiment les prières rythmees, repetitives, avec des gestes : allumer la bougie, embrasser la croix, deposer une intention sur un petit carnet. La prière doit avoir un debut et une fin clairs, sinon elle devient floue et perd son cadre rassurant.

Quelle est la différence entre la prière familiale et la prière personnelle ?

La prière familiale est une prière communautaire en miniature. Elle suit un format simple, partage, qui convient a tous les membres de la famille. La prière personnelle est plus intérieure, plus libre, plus longue, et se pratique en silence ou avec un livre choisi. Les deux ne se remplacent pas : la prière familiale soude le foyer, la prière personnelle nourrit chaque membre. L'idéal est d'avoir les deux, même si l'une des deux est très modeste dans sa duree. Beaucoup de fidèles ont découvert la prière personnelle après avoir tenu fidelement la prière familiale pendant des années.